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Crédit immobilier: pourquoi les banques se livrent une bataille de plus en plus acharnée sur les taux.

Les banques françaises renforcent la concurrence sur les crédits immobiliers malgré un marché en berne. Plusieurs proposent des taux attractifs en dépit des incertitudes économiques. L’objectif : soutenir un fonds de commerce mis sous pression

La bataille est acharnée. Les banques françaises rivalisent plus que jamais sur le front du crédit immobilier, dans un marché pourtant peu dynamique depuis le début de l’année. Leur arme du moment : des taux d’intérêt boostés temporairement malgré le risque de hausse des taux de la BCE et du coût de refinancement. Signe que les prêts à l’habitat restent un pilier de la stratégie des banques pour soutenir leur activité face à la concurrence de nouveaux acteurs.

Ainsi, LCL propose un taux de 1,99 % sur 30.000 euros du montant emprunté et des frais de dossier offerts, Crédit Agricole avance un taux réduit à 2,49 % sur 10 % de l’assiette – plafonnés à 50.000 euros -, tandis que le CIC vise les primo-accédants avec un taux de 0,99 % sur dix ans, également sur 10 % du montant emprunté.

Mais l’offre la plus marquante du moment vient de Société Générale, qui affiche un taux à 3,10 % sur l’ensemble du prêt – plafonné à 500.000 euros – et pour tous types de clients, alors que le taux moyen du mois de mai est de 3,25 % selon CSA Crédit Logement, et que la tendance est haussière.

Un marché au ralenti

« C’est notre contribution pour tenter de redynamiser le marché », explique Benoît Vandermarcq, le directeur de la clientèle retail de Société Générale. L’année dernière, SG avait lancé une opération similaire qui s’était traduite par « des volumes de crédit satisfaisants et une bonne qualité de production ». La banque avait gagné 200.000 nouveaux clients en deux mois. « Après deux semaines, nous observons une tendance similaire », indique-t-il.

Ce type d’offres n’est pas rare au premier semestre de l’année où les banques cherchent à remplir leurs objectifs annuels de production de crédit, étant donné le délai moyen de trois mois observé sur ces opérations. Mais elles ont été rendues d’autant plus nécessaires que le marché fonctionne au ralenti depuis plusieurs mois.

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« La guerre en Iran a été un frein pour le marché depuis le début de l’année, alors que c’est d’ordinaire une période plutôt favorable à la production », souligne Frédéric Figer, directeur général adjoint chargé des réseaux chez MeilleurTaux. Selon les derniers chiffres de la Banque de France, la production de crédit au mois d’avril était en recul de 4,8 % par rapport au mois de mars et sur un an.

Il faut dire que derrière, l’enjeu est de taille pour Société Générale, comme pour le reste des banques, car cela reste un outil puissant pour renouveler un fonds de commerce mis sous pression par les nouveaux entrants. Avec des points d’entrée en relation très spécifiques – sur l’épargne ou le paiement par exemple -, les néobanques ont très largement supplanté les banques classiques dans la conquête de clients ces dernières années. Mais elles peinent à s’aligner sur le crédit immobilier, ce qui laisse encore les grands établissements dominer ce secteur.

« C’est plus que jamais un outil de conquête »

« Le crédit immobilier amène en moyenne 1,6 client supplémentaire, car on emprunte rarement seul, reprend Frédéric Figer. Derrière il y a souvent une capacité d’épargne. Ce sont des profils de qualité. » Raison pour laquelle les nouveaux acteurs cherchent eux aussi à prendre de plus en plus de place sur le marché.

« C’est plus que jamais un outil de conquête, affirme Laura Martino, directrice des partenariats bancaires chez le courtier Cafpi. Les banques sont prêtes à accorder de meilleures conditions d’emprunt si les particuliers jouent le jeu de la relation, et s’équipent de différents produits annexes au moment de la signature du contrat de prêt. »

Les établissements bancaires n’hésitent en effet pas à demander à leurs prospects de basculer l’entièreté de leur épargne, domicilier les revenus ou encore souscrire à l’assurance maison pour aller au bout du projet. Si le phénomène n’est pas nouveau, il s’est renforcé depuis la crise du Covid et la hausse des coûts de refinancement qui a fait bouger le modèle économique du crédit hypothécaire, estime Laura Martino.

Les clients remettent en jeu leur crédit en moyenne tous les huit ans. Après tant d’années, ils affichent un bon niveau d’équipement. Ne pas être compétitif sur une renégociation de crédit peut donc coûter très cher. Mais c’est aussi ce qui explique l’intensité de la bataille, même dans une période actuelle d’incertitude économique majeure. « Une campagne massive comme celle de SG, cela montre une présence, cela imprime dans les esprits », estime un connaisseur du marché.

Encore faut-il être en mesure d’encaisser le supplément de charge. L’année dernière, les équipes de Société Générale s’étaient retrouvées un peu dépassées par l’afflux de demandes de crédit, dont le taux affiché était de 2,99 %, avaient rapporté plusieurs courtiers, frustrés que le dossier de leur client reste sans réponse. La banque dit s’être préparée pour éviter de nouvelles frustrations. Tout en appréciant la possibilité d’être « victime de son succès », reconnaît Benoît Vandermarcq.

 

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